La luminosité par contraste

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L’obscurité au service de la luminosité

Lorsque le choix de la couleur d’un intérieur s’impose à nous, le blanc prédomine, presque par réflexe, dans la plupart de nos décisions. Au sein d’une palette infinie de teintes, ce dernier s’est clairement imposé dans nos foyers. 

Nombreux sont ceux qui nous disent : « le blanc est plus lumineux » ou encore « tu verras, cela va agrandir ton espace ». Néanmoins, est-ce bien vrai ? Un salon de 35m² paraît-il mesurer 40m² s’il est immaculé de blanc . Bien sûr que non, et puis, comment le vérifier ? En outre, existe-t-il une autre méthode au service d’un espace lumineux qui éviterait l’écueil de la neutralité chromatique ?

Les couleurs sont une perception

Les couleurs évoquent chez nous des sensations et interagissent avec notre imaginaire. Ce dernier varie selon les cultures et les individus. Les couleurs sombres, considérées comme tristes voire lugubres ne trouveraient donc pas leurs places dans un intérieur domestique, associé plus aisément à la joie et la bonne humeur. Considérons toutefois cette alternative peu encourageante de prime abord.  Essayons  de réaliser un aménagement sur mesure et de dresser de manière non exhaustive les bienfaits d’une telle prise de position. 

Un choix de couleur induit par notre culture

Notons tout d’abord que notre culture occidentale est séduite par le clinquant, symbole de pureté,
d’hygiène et de bonne santé, voire d’immortalité. Un élément qui ne subirait pas les sévices du
temps possède à nos yeux un attrait remarquable.
Au contraire, en orient (et plus particulièrement dans le Japon traditionnel), le brillant est vulgaire et
l’obscurité, plus modeste et profonde lui sera substitué. Les Japonais n’ont pas l’éclat en horreur
mais lui donnent une autre place en privilégiant une tension entre le clair et l’obscur.
À ce propos, l’écrivain japonais Junichirô Tanizaki, dans son ouvrage L’éloge de l’ombre nous
disait qu’un objet « placé dans l’obscurité émet un rayonnement et perd, exposé au plein jour, toute
sa fascination de joyau précieux ». C’est ici la notion de contraste qui permet à l’observateur

d’apprécier pleinement la qualité de l’Élément isolé.

Les couleurs ont un sens

Nous prendrons ici, afin d’illustrer notre propos, la couleur bleu, mise en situation dans des intérieurs à vocation domestique. Si le bleu est, dans la culture occidentale, considéré comme une couleur froide, il est aussi l’une de nos teintes préférées. En effet cette couleur possède un pouvoir évocateur important. Immédiatement, le ciel et l’eau viennent à l’esprit.
Ces éléments naturels d’une profondeur sans limite sont respectivement capables d’une agitation extrême et d’un calme absolu. Nous pensons aux marins regardant le ciel par nuit d’encre, enveloppés par ce manteau d’obscurité bleuté. Ici règne le silence et les étoiles ainsi que leur reflet n’ont jamais autant scintillé.

Cette voûte céleste nous rappelle celle de la chapelle de la famille des Scrovegni réalisée au XIVième siècle à Padoue par l’architecte et peintre Giotto. À ce propos, le peintre russe Vassily Kandinsky nous disait que « le bleu est une couleur céleste par essence. La sensation ultime qu’elle crée est celle du repos ». Le bleu se dresse ici en symbole de tranquillité de l’esprit. Soulignons néanmoins que dans l’imaginaire judéo-chrétien le bleu est symbole de pureté associé au personnage de la Vierge et de ses vêtements. Nous pouvons y voir ici un parallèle avec le blanc pur et chaste cité ci-avant. 

L’agencement d’une pièce en accord avec la peinture

En termes d’agencement et de mise en relation, remarquons le contraste opéré avec les étoiles dorées et les dorures décors peints. Sans mentionner l’intéret divin manifestait par Giotto autour de la feuille d’or, l’association de ces teintes place l’emphase sur ces éléments.

En effet ici, les couleurs jaunes orangées créent une ambiance à la fois contrastée et vibrante. Ainsi, ce travail sur le contraste peut être mis en place dans nos foyers à des échelles adéquates afin de s’émanciper de la blancheur neutre et systématisée.

Le bois 

Tout d’abord au sol, les matériaux chauds comme le bois rentreront en dialogue avec la supposée froideur du bleu. Cette tension entre une horizontale chaleureuse et une verticale paisible nourriront respectivement les qualités de chacune des parties en contact. Le veinage du bois et sa teinte seront mis en avant grâce à la présence d’un bleu profond. 

L’habillement des murs 

Le bleu Aizome, par exemple, il s’agit d’une couleur emblématique et traditionnelle des artisans tisserands du Japon. L’Aizome de la ville de Tokushima est tellement reconnu dans tout le pays que le gouvernement japonais le désigna comme patrimoine immatériel. Il s’obtient à partir d’une plante appelée l’indigotier. 

Ensuite, les murs bleus peuvent être habillés, drapés dans des textures souples et chaleureux. Des rideaux en ocre jaune par exemple viendraient découper la surface du mur par des surfaces flexibles qui animeraient au gré de la journée l’obscurité de la paroie. Les murs sont également supports d’accrochage plus petits et ponctuels. Choisir des éléments contrastants pourrait ainsi les isoler visuellement pour les magnifier. Les placer dans une obscurité théorique à la manière de Tanizaki leur donnerait un caractère précieux et rayonnant. 

Imaginons un interrupteur en porcelaine satinée dont le bouton poussoir serait en laiton. À la manière des diazo-graphies des plans d’architecte réalisés dans les années 40 (procédé populaire de reproduction de plans , en blanc sur fond bleu basé sur l’ammoniaque), le blanc de la porcelaine prendrait alors une tout autre perception, une autre saveur que s’il était noyé dans pâleur du mur blanc. Le laiton brut ressemble à de l’or, un jaune vif et très réfléchissant le caractérise. 

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Le Laiton 

Des touches de laiton dans un univers bleuté nous rappellent les décors peints de la chapelle des Scrovegni. Au sein d’un domicile, nous pouvons imaginer par exemple des tringles de rideaux en laiton ou des poignées sur un meuble ou une porte sombre. Toutes ces singularités, souvent annodines scinctilleraient dès lors comme les étoiles dans le ciel de notre marin. 

Enfin, la lumière du soleil, blanche par définition physique, possède une toute autre perception si cette dernière s’infiltre par l’intermédiaire d’une baie située dans un mur foncé.

En effet, son entrée dans la pièce est théâtralisée par contraste. Prenons l’exemple de l’installation de l’artiste américain James Turrell, Joecar blue réalisé en 1968. Ce travail donne la sensation que la puissance de la source de lumière est accrue. Le cadrage formé par la baie vibre en sa périphérie. Ainsi, un gradient diffus révèle les nuances du bleu. Une fois de plus, par contraste, le blanc retrouve sa symbolique de pureté via la mise en place d’un élément, a priori, contradictoire. 

Finalement, une savante alchimie des éléments mentionnés ci-avant fera oublier les a priori initiaux sur les couleurs sombres grâce à un dialogue complémentaire de ces derniers au sein de la composition.

N’ayons pas peur des couleurs sombres et allons puiser dans nos souvenirs, sources d’inspirations de sensations, afin de valoriser l’environnement si précieux et personnel sur lequel nous avons une influence. 

L'auteur de cette inspiration...

Mathieu Mainoldi

Dans l'esprit de cette inspiration